L’industrie belge du meuble a vu son chiffre d’affaires reculer de 3,9 % en 2025, dans un contexte marqué par la baisse de la production, des exportations et de l’emploi. Pour 2026, la fédération nationale de la filière estime que le recul de la confiance des consommateurs, la faiblesse du secteur de la construction, ainsi que les tensions géopolitiques et commerciales, continueront de peser sur l’activité.
L’industrie belge du meuble a traversé une nouvelle année difficile en 2025. Selon les données publiées mi-mai dernier par la Fedustria (fédération belge de l’industrie du textile, du bois et de l’ameublement), le chiffre d’affaires du secteur a reculé de 3,9 % sur l’exercice, pour s’établir à plus de 1,91 milliard d’euros, prolongeant ainsi une tendance baissière engagée depuis trois ans. Dans le même temps, le volume de production a diminué de 2,4 %.
Les évolutions ont toutefois varié selon les segments. Les matelas et sommiers ont enregistré la plus forte contraction, avec un recul de 15,9 % du chiffre d’affaires. Les meubles de bureau et de magasin ont également connu une baisse sensible, de 6,2 %. Le “mobilier domestique” (qui regroupe notamment les chaises et sièges ainsi que les meubles de salle à manger, de salon, de chambre, de salle de bains, de jardin et de terrasse), a mieux résisté, avec un repli limité à 1,7 %. Les meubles de cuisines ont pour leur part affiché une quasi-stabilité, leur chiffre d’affaires progressant de 0,2 %.
Les échanges extérieurs sont restés sous pression. Les exportations belges de meubles, transit compris, ont diminué de 5,5 % en 2025. L’Union européenne demeure de loin le principal débouché du secteur, puisqu’elle absorbe environ 90 % des exportations. Les livraisons vers les pays membres ont reculé de 4,9 %, avec des évolutions contrastées selon les marchés.
L’Allemagne est restée la première destination des meubles belges, avec une part de 28,5 %, malgré une baisse de 2,4 %. La France a enregistré un recul plus marqué, de 10,9 %, ce qui l’a fait passer du premier au deuxième rang des marchés d’exportation, avec une part de 26,1 %. Les Pays-Bas complètent le trio de tête avec 24,1 % des exportations et se distinguent comme le seul des principaux marchés à avoir progressé en 2025, avec une hausse de 2,4 %.
Hors Union européenne, les États-Unis demeurent le premier marché à l’export, avec une part de 2,6 %. Les exportations vers ce pays ont toutefois chuté de 13,8 %, la Fedustria soulignant à ce sujet que les mesures commerciales américaines ont fortement compliqué les ventes. Le Royaume-Uni, qui représente 2,5 % des exportations, a également affiché un recul, de 7,8 %.
Du côté des importations, la situation est restée globalement stable. Les achats de meubles à l’étranger ont diminué de 0,4 % en 2025. La Chine a encore renforcé sa position de premier fournisseur du marché belge, avec une part de 31 % et une progression de 9,2 % de ses livraisons. Les importations en provenance des Pays-Bas, qui représentent 13,6 % du total, ont légèrement reculé, de 1,1 %, tandis que celles issues d’Allemagne ont diminué de 6 %, pour une part de marché de 11,9 %. La Pologne a, à l’inverse, accru ses livraisons de 8,4 % et représente désormais 9,8 % des importations.
Après avoir atteint 73 % en 2024, son niveau le plus bas depuis dix ans, le taux d’utilisation des capacités de production s’est redressé en 2025, pour atteindre les 82,7 %. Selon la Fedustria, les cessations d’activité et les faillites ont logiquement contribué à cette remontée, en entraînant la disparition des entreprises les moins performantes.
L’investissement est également reparti légèrement à la hausse. Après une baisse de 16,7 % en 2024, les dépenses d’investissement de l’industrie belge du meuble ont progressé de 2,8 % en 2025.
L’emploi a en revanche poursuivi son repli. Le secteur comptait environ 8 300 travailleurs en 2025, soit quelque 440 emplois de moins qu’un an auparavant. Cette diminution correspond à une baisse d’environ 5 %. Le nombre d’employeurs a lui aussi reculé, passant à 637 entreprises, soit 30 de moins qu’en 2024.

Pour 2026, la Fedustria estime que les tensions géopolitiques et l’incertitude vont continuer de peser sur l’activité. La fédération souligne notamment le recul de la confiance des consommateurs, en Belgique et en Europe. Après avoir atteint un point bas en avril 2025, puis s’être progressivement redressée, cette confiance a de nouveau été affectée par la guerre au Moyen-Orient. En mars 2026, elle était revenue à un niveau comparable à celui observé un an plus tôt.
La Fedustria souligne ici que cette situation n’est pas favorable à la consommation de meubles en Belgique et en Europe. Elle observe également une évolution des comportements de consommation, avec une part croissante des dépenses orientée vers les expériences et les voyages… au détriment de l’aménagement intérieur.
Le secteur belge de la construction ne devrait pas davantage soutenir la demande. La construction de logements, les nouveaux appartements et les rénovations sont orientés à la baisse. Le nombre de permis de construire recule pour la quatrième année consécutive et se situe à son plus bas niveau depuis 2002. Les rénovations ont également atteint leur niveau le plus faible depuis 2017.
Sur le plan international, Fedustria estime que la guerre au Moyen-Orient risque de continuer de ralentir l’économie mondiale et de réduire les possibilités d’exportation. La fédération rappelle que l’OCDE a abaissé sa prévision de croissance pour la zone euro à 0,8 % cette année, contre 1,2 % dans son estimation de décembre 2025. Pour 2027, l’organisation anticipe désormais une croissance de 1,2 %, contre 1,4 % auparavant.
Pour l’économie belge, les prévisions de croissance et d’inflation ont également été revues. Avant le conflit, une croissance de 1,1 % et une inflation de 2 % étaient attendues pour 2026 ; les quatre grandes banques tablent désormais sur une croissance comprise entre 0,6 % et 0,8 %, avec une inflation située entre 2,4 % et 3,5 %.
La Fedustria souligne également les conséquences de la hausse des prix de l’énergie, des matières premières et du transport. Dans une économie ouverte comme celle de la Belgique, la fédération estime ainsi que ce nouveau choc énergétique se traduit rapidement par une perte de compétitivité et de parts de marché. Elle indique par ailleurs qu’une inflation plus élevée entraîne, via l’indexation automatique des salaires, une augmentation des coûts salariaux qui pèse sur la compétitivité des entreprises et affecte les exportations, les investissements, l’emploi, l’activité économique et le bien-être à long terme.
Enfin, les mesures commerciales américaines continuent, selon l’organisation professionnelle, de perturber le commerce mondial. La fédération indique notamment que le relèvement des droits d’importation affecte non seulement les exportations belges de meubles vers les États-Unis, mais aussi celles de concurrents majeurs comme la Chine. Cette situation conduit les producteurs chinois à rechercher d’autres débouchés… et se traduit par une présence accrue des meubles chinois sur le marché européen.
(Images générées par intelligence artificielle.)