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Pouvoir d’achat et épargne : le grand basculement des priorités

Pouvoir d’achat et épargne : le grand basculement des priorités

Un récent baromètre, réalisé par L’ObSoCo pour BforBank, révèle notamment que le bien-être financier des Français se dégrade, sous l’effet d’un basculement des attentes, du pouvoir d’achat vers le pouvoir d’épargne. Dans un climat d’incertitude, la capacité à mettre de côté devient centrale, mais reste hors de portée pour une majorité, alimentant stress et sentiment de déclassement. Ce décalage nourrit une attente accrue d’accompagnement, alors même que les repères en matière d’épargne demeurent fragiles.

La troisième édition du “Baromètre du bien-être financier”, réalisée par L’ObSoCo (Observatoire Société et Consommation) pour la banque en ligne BforBank, met en évidence une évolution notable du rapport des Français à leurs finances personnelles, sur fond de résultats en apparence paradoxaux. Alors que la contrainte financière tend à s’atténuer pour une part croissante de la population, le niveau de bien-être financier recule de trois points en un an, tandis que le stress lié à l’argent s’intensifie. Comme le souligne l’étude, ce décalage reflète un basculement des attentes, « du pouvoir d’achat au pouvoir d’épargne ».

Ce n’est pas une surprise : dans un contexte marqué par la montée des incertitudes, qu’elles soient géopolitiques ou liées à l’instabilité politique nationale, les Français peinent davantage à se projeter vers l’avenir. Cette situation rejaillit directement sur leur perception du bien-être financier.

La capacité à épargner s’impose de plus en plus comme un critère central. Ainsi, la part de ceux qui associent le bien-être financier au fait de pouvoir mettre de l’argent de côté chaque mois progresse à 44 %, contre 38 % un an plus tôt. Dans le même temps, l’importance accordée à l’absence de découvert bancaire gagne du terrain, passant de 52 % à 57 %. À l’inverse, les dimensions liées à la consommation immédiate, comme la possibilité d’acheter sans regarder les prix, demeurent stables, à 28 %. L’étude souligne ainsi que « l’horizon des préoccupations financières s’est donc élargi, du présent immédiat vers un avenir que 43 % des Français anticipent comme dégradé » (+3 points).

Ce déplacement des priorités s’accompagne d’une redéfinition des attentes. Le bien-être financier ne se limite plus à la capacité à faire face aux dépenses du quotidien, mais intègre de plus en plus une logique de protection face à l’avenir. Cette évolution se heurte toutefois à une réalité persistante : si 82 % de nos concitoyens considèrent que le fait de pouvoir épargner chaque mois est constitutif du bien-être financier, seuls 46 % déclarent y parvenir effectivement. L’écart se retrouve également dans les montants : les répondants estiment en moyenne qu’il faudrait épargner 466 euros par mois pour se sentir sereins, soit près de trois fois plus que les 170 euros effectivement mis de côté par ceux qui y parviennent.

Lorsqu’il s’agit d’identifier les leviers susceptibles de permettre d’augmenter leur capacité d’épargne, les Français privilégient très nettement des facteurs liés à leur situation économique. L’augmentation des revenus arrive en tête, citée par 48 % des répondants, suivie par la réduction des dépenses contraintes et une meilleure stabilité des prix, à hauteur de 33 %. À l’inverse, les dispositifs liés à la gestion financière ou à la rémunération de l’épargne apparaissent largement secondaires, mentionnés respectivement par 11 % et 4 % des personnes interrogées.

Au-delà de ces contraintes, l’étude met également en lumière le poids des représentations. Une majorité de Français perçoit encore l’épargne comme un privilège réservé à ceux qui disposent déjà de ressources suffisantes, une idée partagée par 58 % des répondants. Par ailleurs, 42 % considèrent qu’épargner implique de se priver aujourd’hui… pour un bénéfice futur incertain. Ces perceptions sont particulièrement présentes chez les personnes en situation financière fragile.

La connaissance des produits d’épargne disponibles pour les particuliers constitue un autre point de friction. Si le Livret A est identifié par une très large majorité de Français, la familiarité décroît nettement pour des solutions moins courantes. Le Plan d’épargne retraite (PER) est connu de 55 % des répondants, les actions de 41 %, tandis que les ETF (“Exchange-Traded Fund”, fonds d’investissement coté en bourse) ne sont identifiés que par 12 % d’entre eux. Plus globalement, plus d’un Français sur cinq déclare avoir une connaissance très limitée des produits financiers testés dans l’étude.

Dans ce contexte, la demande d’accompagnement progresse sensiblement. Près d’un Français sur deux considère désormais sa banque comme un acteur susceptible de l’aider à mieux gérer son budget ou ses placements ; une proportion en hausse de 16 points en un an. Cette évolution intervient alors même que l’épargne s’impose comme un élément central du rapport à l’argent, sans que les repères nécessaires à sa gestion ne soient pleinement maîtrisés.

            (Images : © Freepik.)

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