Selon le récent bilan chiffré de la fédération Procos, le commerce spécialisé reste sous pression, avec notamment des ventes en magasins en recul de 2,8 % en août dernier et de 2,4 % en cumul sur les huit premiers mois de l’année. L’équipement de la maison recule de 4,9 % en août et de 3,4 % en cumul, tandis que la rentrée se déroule dans un contexte de consommation fragile, marqué par les incertitudes économiques, géopolitiques et politiques.
L’activité des enseignes du commerce spécialisé reste sous pression en magasins. Après un recul de 2,3 % en juillet dernier par rapport à juillet 2025, les ventes ont diminué de 2,8 % en août. Sur les huit premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires en magasins recule ainsi de 2,4 % par rapport à la même période de 2025, ceci selon la fédération Procos (“Agir pour un commerce qui donne envie”) qui, le 22 septembre dernier, à l’occasion de sa conférence de presse de rentrée (cf. photo ci-dessous), a notamment évoqué « une consommation encore fragile », ainsi que « des situations contrastées » selon les secteurs et les territoires. Synthèse.
L’été a notamment été difficile pour l’habillement, en baisse de 4,3 % en août après une progression de 0,2 % en juillet. La fédération explique que le mois de juillet avait notamment bénéficié d’une semaine de soldes supplémentaire, tandis que plusieurs épisodes de fortes chaleurs ont pesé sur l’activité en août. La fin du mois, plus fraîche, a toutefois pu favoriser l’anticipation des achats de rentrée. Sur la période janvier/août, l’habillement affiche un recul de 3,1 %. La restauration connaît également une activité en retrait, avec une baisse de 2,3 % en août, après -3,8 % en juillet. Sur les huit premiers mois de 2026, le secteur recule de 3,4 %.
Les évolutions sont plus contrastées dans les autres activités. Le secteur “Culture, cadeaux, jouets” progresse de 2,9 % en août, après +5,2 % en juillet, et conserve une dynamique positive depuis le début de l’année. Procos le qualifie de véritable « achat refuge », avec une progression de 4,8 % sur les huit premiers mois. La “Beauté-parfumerie” reste pour sa part légèrement positive en août, à +0,4 %, après un mois de juillet quasiment stable, et affiche un recul limité à 0,9 % en cumul. À l’inverse, l’alimentaire spécialisé recule de 4,1 % en août et de 4,3 % sur janvier/août. L’équipement de la maison enregistre quant à lui une baisse de 4,9 % en août et de 3,4 % depuis le début de l’année.

Le recul de l’activité intervient alors même que la fréquentation des principaux lieux de commerce progresse en août par rapport à août 2025. Elle augmente de 1,2 % dans les centres-villes, de 3,6 % dans les pôles de périphérie, de 3,6 % dans les galeries et de 1 % dans les rues. Les centres commerciaux régionaux enregistrent la plus forte progression parmi les formats suivis, à +4,1 %, devant ceux des grands centres-villes à +2,7 %, tandis que la fréquentation des centres commerciaux de centres-villes de moyennes villes reste stable. Procos relie cette évolution à un « effet clim’ », les consommateurs ayant recherché la fraîcheur des commerces et des centres commerciaux.
Les écarts sont également marqués selon les territoires. La Bretagne affiche une progression de fréquentation de 7,3 %, dans le contexte de la dynamique positive du tourisme dans la région, tandis que le Centre-Val de Loire recule de 5,4 %. Pour Procos, ces résultats mettent en évidence des différences importantes selon les secteurs et les territoires, alors que les différents formats de lieux de commerce enregistrent une hausse de fréquentation en août. La fédération souligne également l’impact des conditions météorologiques, de l’allongement des soldes et du contexte économique, avec des effets différents selon les activités.
Pour Julien Aubignat, délégué général de Procos, « les chiffres de l’été confirment ce que vivent nos enseignes au quotidien : une consommation fragile dans un environnement qui ne leur laisse aucun répit ». Il évoque notamment la tension sur le pouvoir d’achat des ménages, le poids des prix de l’énergie et une confiance qui peine à revenir, auxquels s’ajoutent le contexte géopolitique et l’incertitude politique et budgétaire en France. Selon lui, cette situation prive les acteurs économiques de visibilité pour investir et se développer, même si la progression de la fréquentation témoigne de l’attachement des Français au commerce physique. La rentrée et la fin d’année seront, estime-t-il, « déterminantes », dans un contexte où Procos appelle à un cadre stable et lisible pour les commerçants comme pour les consommateurs.

Laurent Milchior, membre du conseil d’administration de Procos, met de son côté en avant l’évolution des modèles du commerce, sous l’effet de nouveaux acteurs internationaux, de nouveaux modes de consommation et de l’intelligence artificielle. Il considère que les entreprises doivent être accompagnées dans ces transformations, notamment par les pouvoirs publics et par Procos, toutes ne disposant pas des moyens nécessaires pour les conduire en interne. André Tordjman, président de Procos, souligne pour sa part que « le secteur du commerce traverse une période exigeante » et estime que le rôle d’une fédération prend dans ce contexte tout son sens, notamment pour éclairer, rassembler et défendre les acteurs du secteur. Il appelle également à rechercher de nouvelles pistes de financement des investissements.
La rentrée constitue un point d’attention majeur pour la seconde partie de 2026. Dans ses perspectives, Procos décrit ici une consommation « durablement fragile » dans un environnement qui continue de peser sur les enseignes. Le pouvoir d’achat des ménages reste sous tension, tandis que les prix de l’énergie pèsent à la fois sur les coûts d’exploitation et sur le budget des Français. La confiance peine à revenir et l’inflation, que la fédération estime susceptible d’être contenue autour de +2,9 % en 2026 avant de refluer en 2027, continue d’éroder la consommation, notamment pour les achats non contraints… qui constituent le cœur du commerce spécialisé.
À cette situation économique s’ajoute un contexte international jugé « incertain » par Procos. Les conflits en cours en Ukraine et au Moyen-Orient entretiennent l’instabilité, pèsent sur les chaînes d’approvisionnement et sur les prix de l’énergie, tout en alimentant un climat d’attentisme, peu favorable à la consommation et à l’investissement. En France, l’incertitude politique et budgétaire, à l’approche de la préparation du budget 2027 et de l’échéance présidentielle, est également présentée comme un facteur réduisant la visibilité des acteurs économiques. Or, pour la fédération, un cadre stable et lisible constitue une condition essentielle au retour de la confiance, aussi bien du côté des commerçants que de celui des consommateurs.
