Le marché de l’immobilier ancien en France amorce une reprise encore hésitante, marquée par des disparités territoriales et une prudence persistante des acteurs. Portée par des conditions de financement plus souples mais freinée par le manque de confiance et la rigueur bancaire, cette phase de convalescence redéfinit un marché centré sur l’usage plutôt que sur l’investissement. Une évolution dont les effets en chaîne intéressent de près l’ensemble de la filière habitat et ameublement.
C’est un secteur de notre économie que les professionnels du meuble suivent toujours avec attention. Or selon la dernière note de conjoncture des Notaires de France en date (rendue publique le 28 octobre dernier), le volume de transactions de logements anciens à fin août 2025 en cumul sur les douze derniers mois en France (tous départements, hors Mayotte) atteint les 916 000 transactions, prolongeant la remontée entamée à l’automne 2024. « Le marché immobilier français est désormais entré dans une phase de convalescence, à l’aune d’une reprise encore fragile et heurtée », avancent les Notaires de France. « L’évolution annuelle est positive depuis mars 2025 et atteint désormais 10 %, ajoutent-ils. Cette dynamique s’explique particulièrement par la détente monétaire initiée par la Banque centrale européenne (BCE), la baisse progressive des taux d’intérêt et l’effet d’anticipation lié à la hausse des droits de mutation mise en œuvre au printemps ».
Après deux années de repli marqué, cette amélioration traduirait-elle un retour progressif de la confiance, soutenu par des conditions de financement plus favorables ? La BCE, qui a ramené son taux directeur à 2 % après huit baisses successives, devrait marquer une pause dans son cycle d’assouplissement. Toutefois, la persistance d’un taux de l’OAT 10 ans français à 3,45 % (obligation assimilable du Trésor sur dix ans) limite la marge de manœuvre des établissements bancaires. Ceux-ci demeurent prudents, privilégiant les emprunteurs les plus solvables et encadrant strictement l’accès au financement, notamment pour les ménages modestes. « La conjoncture reste fortement contrastée, constatent les Notaires de France, et si des métropoles ou zones littorales renouent avec une certaine activité, de nombreux territoires ruraux ou villes moyennes peinent encore à retrouver de la fluidité. L’immobilier se contracte autour d’un marché d’utilisateurs : les achats sont majoritairement motivés par le besoin de se loger et non par la recherche de rendement. Les investisseurs, après avoir déserté le marché du neuf, semblent s’éloigner inéluctablement de celui de l’ancien ».

Dans le même temps et naturellement, le marché locatif subit de fortes tensions, en particulier dans les grandes agglomérations et les zones où la demande excède largement l’offre. Les loyers y progressent sensiblement et les biens de qualité trouvent rapidement preneur, reflet d’un déséquilibre structurel entre besoins et disponibilités. Parallèlement, l’absence d’un véritable statut juridique stable et incitatif du bailleur privé entretient les incertitudes : les investisseurs locatifs, confrontés à une fiscalité lourde et à des contraintes réglementaires croissantes, peinent à se projeter durablement. En attendant l’avènement d’un tel statut, la prudence freine la reconstitution de l’offre locative, accentuant la tension sur le marché et le risque de pénurie dans les zones déjà saturées.
Incidemment, le comportement des ménages illustre la prudence ambiante : « Le taux d’épargne dépasse 18 % du revenu disponible au deuxième trimestre 2025, rappelle la note de conjoncture citée plus haut, un niveau inédit depuis plus de quarante ans. » Et d’ajouter : « Cette épargne de précaution traduit la morosité face à un environnement économique, géopolitique et fiscal incertain. La conjoncture reste heurtée, portée par des signaux positifs, mais freinée par la retenue persistante des acteurs et la fragilité du pouvoir d’achat immobilier. »
« L’affermissement de la reprise dépendra de la capacité des vendeurs à ajuster leurs prix, des acheteurs à retrouver de la confiance, mais aussi des pouvoirs publics à favoriser la fluidité du marché, avertissent les Notaires de France en guise de conclusion. L’immobilier français demeure un pilier de la dynamique économique et des recettes fiscales locales. Sa consolidation progressive constitue un enjeu clé pour la stabilité et la croissance du pays ». Ainsi qu’un enjeu clé pour le secteur de l’ameublement dans son ensemble pourrait-on ajouter, près d’un tiers des achats de meubles, faut-il le rappeler, étant lié aux déménagements.
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