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Électroménager : une stabilité globale, qui masque le recul du GEM et la fragilité de l’intégrable

Électroménager : une stabilité globale, qui masque le recul du GEM et la fragilité de l’intégrable

En 2025, le marché français de l’électroménager s’établit à 9,8 milliards d’euros, quasi stable, porté par un petit électroménager toujours dynamique, tandis que le gros électroménager recule en valeur, ceci dans un environnement immobilier et politique tendu. Dans ce contexte spécifique, l’intégrable fléchit plus nettement que la pose libre, révélant des tensions accrues sur les projets d’installation et de rénovation. Mais est-ce une surprise ?

Le marché français de l’électroménager a clôturé 2025 sur une quasi-stabilité, à 9,8 milliards d’euros, soit tout de même un retrait de 1,3 % par rapport à 2024, pour 75,8 millions de produits vendus. Derrière cette apparente résilience, les dynamiques divergent fortement selon les segments, avec un petit électroménager (PEM) toujours moteur et un gros électroménager (GEM) davantage exposé aux aléas conjoncturels.

Voilà pour les principaux chiffres livrés le 12 février dernier, à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse annuelle qui s’est tenue dans les locaux parisiens du Gifam (“Groupement des marques d’appareils pour la maison”), au cours de laquelle le groupement interprofessionnel et son partenaire NielsenIQ-GfK ont révélé aux médias le bilan 2025 du secteur de l’électroménager français.

Synthèse, plus particulièrement destinée aux professionnels de la cuisine, pour lesquels les destinées du GEM encastrable demeurent un sujet essentiel :

Le petit électroménager, avec 61,3 millions de produits écoulés et 4,41 milliards d’euros de chiffre d’affaires, progresse de 2,9 % versus 2024 et atteint un nouveau record. Cette performance, la plus dynamique des biens d’équipement de la maison dans leur ensemble, repose sur des appareils à forte valeur ajoutée, notamment dans l’entretien des sols ou le confort domestique.

Le gros électroménager, en revanche, affiche 14,5 millions d’appareils vendus (des volumes stables) pour 5,38 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en recul de 4,5 %. Le secteur « revient à un niveau comparable à celui observé durant la période Covid », souligne le Gifam, tout en conservant l’acquis de valeur (historique) construite à cette période. « L’année 2025 montre que l’innovation des marques demeure un levier de croissance majeur et un véritable facteur de différenciation dans un marché très concurrentiel et sensible à plusieurs éléments conjoncturels », a commenté Véronique Denise, présidente du Gifam. Et de poursuivre : « L’attrait des consommateurs pour des appareils dotés de fonctionnalités offrant de réels bénéfices se concrétise par un engouement pour les appareils de froid intelligents, pour les sèche-linge avec pompes à chaleur économes en énergie, ou encore par le succès des aspirateurs-laveurs. »

Corrélé à l’immobilier, le GEM reste sous tension. Quatre appareils sur dix sont acquis lors d’une installation dans un nouveau logement, et la baisse des transactions dans l’ancien, comme le recul des mises en chantier depuis 2023, continue de peser. Dans ce contexte, l’intégrable recule plus fortement (-7,3 % en valeur) que la pose libre (-2,8 %).

La traditionnelle conférence de presse annuelle du Gifam s’est tenue dans les locaux parisiens du groupement le 12 février dernier.

Plus dans le détail, le froid, qui pèse pour 29 % de la valeur du GEM, limite la baisse à -1,4 %. Les réfrigérateurs affichent une quasi-stabilité (-0,8 % en valeur), portés par une année 2025 classée quatrième plus chaude depuis 1900, favorisant le renouvellement. Les congélateurs reculent de 3,2 % en valeur après une forte hausse en 2024 (+9,3 %) et les caves à vin de 7,1%, dans des proportions toutefois moins marquées que l’année précédente (-16,3 % en 2024). Les grands formats tirent leur épingle du jeu, en particulier le réfrigérateur multiportes, en progression de 10,2 % en valeur, témoignant d’un attrait persistant pour les cuisines spacieuses et équipées.

Le lavage, premier poste du GEM avec 40 % du chiffre d’affaires, recule de 3,7 % en valeur. Le lave-vaisselle, catégorie stratégique pour les cuisinistes, baisse de 2 % en valeur. Le lave-linge recule, lui, de 3,5 %, tandis que le sèche-linge, après une envolée de +13 % en 2024, chute de 9,7 % sur 2025. Seule la technologie du sèche-linge avec pompe à chaleur surperforme, à +8 % en valeur, générant 16 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires en un an.

La cuisson, qui représente 31 % de la valeur du GEM, accuse le repli le plus marqué à -8,1 % en valeur. L’ensemble des appareils de cette catégorie est orienté à la baisse, dans un contexte de ralentissement des projets d’installation ou de rénovation de cuisines. Les fours reculent de 8,1 %, les hottes de 13,2 %, les micro-onde de 7,5 %, les cuisinières de 4,4 % et les plaques de cuisson de 8,7 %.

Dans cet environnement dégradé, certaines niches innovantes continuent néanmoins de créer de la valeur. Les tables de cuisson avec hotte intégrée progressent ainsi de 2,4 % en valeur. Plus encore, les modèles à finition mate de ce segment (certes récents) enregistrent une envolée de +369,1 % en valeur, illustrant l’impact du design et des fonctionnalités associant esthétique, facilité d’entretien et propriétés “anti-rayure” dans la décision d’achat.

Au-delà de ces résultats, pour le moins contrastés, le Gifam et NielsenIQ-GfK tiennent à rappeler combien, une fois de plus, l’innovation et la montée en gamme apparaissent comme des amortisseurs de marché. La part des appareils dits “intelligents” progresse ainsi nettement dans le GEM, atteignant 17,8 % des ventes en 2025 contre 11,3 % en 2021. Ces références affichent une croissance de 3,5 % en valeur, quand le GEM global, comme dit plus haut, recule de 4,5 %. Le “froid intelligent” par exemple, progresse de 17 % en valeur et la cuisson connectée de 18 %, portée notamment par l’intégration de fonctionnalités d’optimisation énergétique et d’intelligence artificielle.

La durabilité devient également un critère différenciant. Les produits affichant un indice de réparabilité supérieur à 8,1/10 représentent désormais 51 % des ventes de lave-vaisselle, contre 37 % en 2024. Les ventes de réfrigérateurs classés A progressent, représentant 1,6 % des ventes en valeur en 2025 contre 1,1 % un an plus tôt, tandis que les lave-vaisselle classés A atteignent 11 % des ventes contre 6 % en 2024. Autant d’indicateurs qui traduisent une évolution structurelle de la demande vers des appareils plus efficients et plus durables, dans un marché où, encore une fois, l’innovation reste le principal moteur de croissance.

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