Baromètre de la Consommation des Français : ce que la mutation des usages change pour les marques et les enseignes
Le premier “Baromètre de la Consommation des Français”, présenté par Foire de Paris et L’ObSoCo, met en lumière une mutation profonde des comportements : l’achat bascule de la logique d’accumulation vers celle de l’expérience, du sens et de l’ancrage local. Pour les fabricants et distributeurs, l’enjeu n’est plus seulement le produit, mais le récit, l’interaction et la valeur d’usage : l’acte d’achat devient un acte d’adhésion. Un signal fort pour le retail physique à l’heure de l’ultra-digitalisation.
Présentée par Foire de Paris et réalisée par L’ObSoCo (Observatoire Société et Consommation), la première édition du “Baromètre de la Consommation des Français”, dévoilée fin janvier, dresse le constat d’un basculement progressif, mais durable, du rapport de nos concitoyens à l’achat. Intitulée « La consommation en mutation : de l’objet à l’expérience », cette étude met en évidence une évolution qui intéresse directement fabricants et distributeurs : les Français n’ont pas renoncé à consommer, mais ils prennent leurs distances vis-à-vis de l’accumulation.
« Notre baromètre permet de mesurer un basculement concret de la consommation des Français : nous assistons à l’émergence d’un nouveau modèle, d’une logique d’acquisition à une logique d’expérience », analyse Steven Abajoli, directeur de Foire de Paris. De fait, pour 6 Français sur 10, consommer, c’est désormais vivre une expérience. La valeur ne réside plus uniquement dans l’objet, mais dans l’émotion, le moment et le sens associés à l’acte d’achat.
Les indicateurs confirment cette érosion de l’appétence pour les biens matériels. L’envie d’acheter recule, l’attrait pour les objets faiblit. Lorsque les Français disposent d’une marge de manœuvre financière (par exemple une rentrée d’argent inattendue équivalente à un mois de salaire) ils privilégient d’abord l’épargne, puis les vacances, les voyages, les sorties, tandis que l’équipement, l’électronique, le meuble, arrivent loin derrière. Autrement dit, l’argent disponible se dirige moins vers l’objet que vers ce qui sera vécu.
Mais ce déplacement ne signifie pas désengagement. 89 % des Français déclarent que consommer est une façon de se faire plaisir et 77 % disent rechercher un moment de plaisir lorsqu’ils consomment, une attente particulièrement marquée chez les 18/24 ans. La consommation est aussi un vecteur de lien social : 77 % la considèrent comme un moyen de passer du temps avec leurs proches, 71 % éprouvent du plaisir à offrir des cadeaux, et 4 Français sur 10 recherchent des produits de leur enfance, signe d’une dimension affective forte. En revanche, le baromètre souligne que cette dimension hédonique se heurte à des contraintes budgétaires persistantes : pour 91 % des familles monoparentales, consommer reste une contrainte et une source de stress.
L’étude met également en lumière une consommation plus engagée. Pour 84 % des Français, consommer revient à soutenir l’économie locale et les producteurs ; et pour 83 % à contribuer à la croissance et à l’emploi. Le “Made in France” s’impose comme un critère déterminant : 53 % déclarent l’avoir intégré dans leurs choix et 35 % affirment avoir déjà renoncé à un achat faute d’option française satisfaisante. « La consommation responsable n’est donc pas un simple discours, soulignent les auteurs de l’enquête : elle se traduit par des comportements concrets et des arbitrages assumés ». Pour les marques et les enseignes, l’acte d’achat devient ainsi un acte d’adhésion, voire de sélection assumée.

C’est toutefois sur le terrain de l’expérience que les enseignements de ce baromètre apparaissent les plus directement exploitables pour le commerce physique. 63 % des Français ont participé en 2025 à au moins un événement lié à la consommation (foire, marché, dégustation) et déclarent y avoir apprécié « faire une sortie agréable », « passer un moment convivial », « découvrir des produits du terroir ». Mais rien de spectaculaire dans tout cela. Pas de mise en scène. Juste des gestes simples : sortir, goûter, échanger. Le premier ressort de l’expérience reste on ne peut plus concret : pouvoir toucher, manipuler, essayer. Seuls 2 % des Français déclarent ne pas fréquenter les commerces physiques, un chiffre que les initiateurs de cette enquête jugent particulièrement notable « dans l’ère de l’ultra-digitalisation ».
Ce qui rend un achat « extraordinaire » tient certes à la qualité du produit pour 43 % des répondants, mais aussi à « l’histoire qu’il y a derrière » et à « la rencontre humaine » qu’il occasionne. 93 % des Français se disent même intéressés par l’idée de passer une journée avec un artisan pour découvrir son métier, en particulier dans les métiers de bouche. « Les secteurs qui résistent le mieux sont ceux qui sont tournés vers l’immatériel (sorties, loisirs, voyages, etc.), souligne Agnès Crozet, directrice générale adjointe de L’ObSoCo, signe peut-être d’un déplacement de la valeur, de l’accumulation d’objets vers ce qui nous permet de ressentir des émotions, créer du lien, éveiller notre curiosité, voire affirmer nos valeurs ».
Pour les fabricants et les distributeurs, le message est clair : l’objet ne disparaît pas, mais il doit s’inscrire dans un récit, un usage, une relation et, de plus en plus, dans un ancrage local et responsable. L’expérience ne se réduit pas à un concept marketing ; elle s’incarne dans des dispositifs simples, dans la qualité de l’interaction en magasin et dans la capacité à donner du sens à l’offre.
En toile de fond de cette publication, les organisateurs rappellent que Foire de Paris, « l’événement shopping et festif préféré des Français depuis plus de 120 ans », prépare son édition 2026 (du 30 avril au 11 mai, à Paris Expo, porte de Versailles) avec une nouvelle identité visuelle, matérialisée par un nouveau logo et une nouvelle affiche, ainsi qu’un parcours de visite repensé. Le salon s’articulera notamment autour de “Home & Co Paris”, présenté comme le plus grand salon d’Europe pour la maison, mais aussi de “World in Paris” (voyage et artisanat du monde) et de l’événement “Auto Mobil Paris” (auto et “nouvelles mobilités”), confirmant la volonté de ses organisateurs de conjuguer offre produit, démonstration et expérience au sein d’un même événement.
