Christophe Gavaudan (UCEM) : « Nous entrons dans une phase d’accélération de notre développement. »
Après un exercice 2025 contrasté mais finalement positif, l’Union commerciale pour l’équipement mobilier (UCEM) aborde 2026 avec une dynamique de développement soutenue. Ouvertures de magasins, relance de certaines enseignes, transformation digitale et investissements dans le parc existant : son président, Christophe Gavaudan, détaille les priorités du groupement et les leviers qui expliquent l’accélération de ce début d’année.
Meuble-Info : Comment s’est déroulé l’exercice 2025 pour le groupement et ses quatre enseignes (Monsieur Meuble, Maison Crozatier, Meublena, Expert Litier) ?
Christophe Gavaudan : L’année a été contrastée.
Le premier semestre a été compliqué pour tout le monde, et nous n’y avons pas échappé. Après un très bon mois de janvier, les mois suivants se sont avérés plus difficiles. La situation s’est nettement améliorée à compter du mois de juillet, avec un rebond qui s’est confirmé à partir de l’été, ainsi qu’à l’automne, avec un mois de novembre historiquement exceptionnel. Finalement, nous terminons l’exercice avec une progression d’environ 2 % de notre chiffre d’affaires.
Dans le contexte actuel, c’est un résultat satisfaisant. Si l’on m’avait proposé ce scénario au 1er janvier 2025, je l’aurais signé immédiatement !
Les performances ont-elles été homogènes quelles que soient les enseignes du groupement ?
– La tendance globale est assez similaire pour l’ensemble de nos réseaux, même si certaines enseignes ont davantage souffert. Ainsi Monsieur Meuble a-t-elle suivi la tendance moyenne du groupement ; tandis que Maison Crozatier et Meublena ont davantage été affectées.
Concernant Crozatier, l’activité s’inscrit dans une phase de transition liée à la relance autour du concept Maison Crozatier, ce qui explique l’absence d’événement majeur en 2025.
Du côté de Meublena, l’enseigne poursuit son activité avec les magasins existants de la plus belle des manières, tout en privilégiant une approche mesurée de son développement.
À l’inverse, la dynamique semble particulièrement positive pour Expert Litier ?
– Effectivement. Expert Litier se porte très bien. L’enseigne compte aujourd’hui 35 magasins… alors qu’elle n’existait pas il y a trois ans !
Le pari était audacieux, car le marché de la literie se révèle particulièrement concurrentiel. Mais le positionnement d’Expert Litier, porté par Christophe Patard, a trouvé sa place et l’enseigne continue de se développer. Elle complète aujourd’hui de manière particulièrement pertinente le portefeuille de marques du groupement.
Le développement semble d’ailleurs être l’un des grands sujets pour l’UCEM en 2026. Comment l’expliquez-vous ?
– Il ne s’agit pas d’un phénomène soudain. Ce que l’on observe aujourd’hui est le résultat d’un travail engagé depuis plusieurs années déjà.
D’abord, nous avons renforcé l’équipe dédiée au développement, notamment avec l’arrivée de Maxime Gellot (fin 2024) en tant que responsable de l’expansion pour la coopérative. L’amélioration de notre efficacité en la matière nous a clairement permis de multiplier les contacts et d’aller chercher des projets que nous n’aurions peut-être pas identifiés auparavant.
Dans le même temps, nous avons fait évoluer nos concepts et nos outils. Les enseignes ont été repositionnées lorsque cela était nécessaire, et nous avons travaillé en profondeur à la fois sur l’offre produit et sur nos différents leviers marketing. L’ensemble de ces éléments crée aujourd’hui un environnement plus favorable au développement.

Cette dynamique se traduit concrètement par de nombreuses ouvertures ?
– Oui, et c’est une évolution importante pour le groupement.
Pour Monsieur Meuble, nous comptons huit ouvertures minimum. Les magasins de Thionville (57) et Périgueux (24) ont déjà ouvert en début d’année. D’autres projets sont engagés à Brive-la-Gaillarde (19), Villeneuve-sur-Lot (47), Épinal (88) et Saint-Brieuc (22), auxquels s’ajoutent deux dossiers supplémentaires en cours de finalisation.
Fait notable : une majorité de ces ouvertures concerne des entrepreneuses et des entrepreneurs qui n’étaient pas du tout dans le giron de notre groupement auparavant, ce qui traduit un réel travail de prospection.
La relance de Maison Crozatier passe également par de nouvelles implantations ?
– Incontestablement. Pour mémoire, je rappelle ici que notre stratégie, au travers du rebranding “Maison Crozatier” (quatre nouveaux univers de collections aux côtés d’un corner “Natuzzi Editions” exclusif) consistait à redonner une vraie dynamique à la marque. C’est aujourd’hui chose faite.
Plusieurs projets sont d’ores et déjà engagés : un magasin a ouvert à Herblay-sur-Seine (95) en début d’année, et deux nouvelles implantations sont prévues à Champagne-au-Mont-d’Or (69) et à Annemasse (74). Par ailleurs, un projet est très avancé dans l’est de la France. Ces développements marquent la relance de l’enseigne.
Expert Litier participe également à cette dynamique ?
– Tout à fait. Sur ce premier semestre 2026, nous comptons déjà pas moins de cinq ouvertures supplémentaires pour Expert Litier.
L’enseigne continue de se développer et commence désormais à attirer des partenaires en dehors du cercle historique du groupement. C’est un signe encourageant pour la suite.
Vous avez également revu certains paramètres du concept magasin Monsieur Meuble. Pourquoi ?
– Nous avons en effet assoupli certains critères, notamment en matière de surface.
Jusqu’à présent, nous considérions qu’un magasin devait faire au minimum 800 m2. Nous avons décidé d’ouvrir la possibilité d’implantations autour de 500 m2, ce qui, soit dit en passant, correspond parfois mieux aux réalités immobilières actuelles.
Cela reste un format qui nécessite d’être bien maîtrisé, mais il permet d’élargir le champ des opportunités sur certains territoires.

La transformation digitale du groupement joue aussi un rôle dans cette évolution ?
– Elle est déterminante.
Nous avons effectivement engagé un travail très important sur la digitalisation des outils commerciaux et sur la modélisation des collections. Ainsi, aujourd’hui, l’ensemble de l’assortiment Monsieur Meuble est accessible via un outil digital (élaboré en partenariat avec la société Cosika), qui permet aux équipes en magasin de consulter les fiches produits, de personnaliser les modèles et d’éditer directement les bons de commande correspondant au projet du consommateur.
Cette base est complétée par un outil 3D permettant, si besoin, de visualiser les produits dans différentes configurations.
Et nous travaillons désormais sur une étape supplémentaire : un planner 3D permettant de projeter les produits dans une pièce modélisée aux dimensions du client. Cette petite révolution est actuellement en phase de test et sera déployée au second semestre 2026.
Ces outils modifient-ils votre manière de recruter ou d’accompagner les nouveaux adhérents ?
– Ils changent clairement la donne. Ils permettent notamment d’accompagner des profils qui ne viennent pas nécessairement du métier traditionnel de la distribution de meubles.
Par ailleurs – et cela rejoint ce que j’évoquais plus haut concernant des formats de magasins autour de 500 m2 –, grâce à cette panoplie de nouveaux outils digitaux, il est désormais tout à fait possible de proposer une offre complète même dans un point de vente plus compact et/ou avec une équipe moins expérimentée. Cela nous ouvre de nouvelles perspectives pour notre développement.
Au-delà des ouvertures, les adhérents investissent-ils dans leurs magasins existants ?
– Oui, et c’est un point important. Les ouvertures énumérées tout à l’heure sont le témoignage visible de notre dynamisme, mais une autre – grande – partie du travail concerne la modernisation du parc existant.
Nous menons actuellement de nombreux projets de rénovation et de mise à niveau des magasins. Le planning est d’ailleurs complet jusqu’à octobre 2026, ce qui témoigne de l’engagement de nos adhérents.
Ces investissements sont significatifs : lorsqu’un adhérent décide de moderniser son magasin, c’est aussi un signal de confiance dans le modèle.

L’organisation du groupement a également évolué récemment ?
– En effet. Eliott Senaya, jusqu’alors directeur général de l’UCEM, a officiellement pris sa retraite à la fin de l’année 2025.
Nous avons néanmoins mis en place avec lui un accord de prestation, qui lui permet de continuer à intervenir sur les sujets financiers. Pour ma part, j’assure désormais la présidence et la direction générale du groupement.
Dans le contexte économique incertain du moment, comment appréhendez-vous l’évolution du marché de l’ameublement ?
– Le contexte est évidemment compliqué pour la consommation en général. Mais le marché de l’ameublement possède plusieurs caractéristiques qui lui permettent de faire preuve d’une certaine résilience.
Nous évoluons en effet sur un secteur où l’achat demeure largement lié à l’expérience en magasin et au conseil. La vente y est encore très assistée, ce qui maintient une relation forte entre le client et le commerçant. Dans ce cadre, les réseaux spécialisés ont toute leur place.
À condition de continuer à investir dans les outils, les concepts et l’accompagnement des adhérents, je reste confiant dans la capacité de nos enseignes à poursuivre leur développement.